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Fluide glacial, Gavarnie-Pyrénées, France
29/11/2025 14:00 - Effondrement - Accidentel
Récit de Bruno Sourzac Fluide glacial, le bien nommé … L’envie nous a pris hier d’aller jouer avec nos piolets à Gavarnie. De multiple faits nous ont motivé à aller dans le cirque. Partager cette expérience à tous, taquiner le glaçon après une longue interruption, se dire que c’est dans les derniers partages à deux (après on sera un de plus !). Nous avions eu une photo récente du cirque qui laissait apparaitre bien des lignes plutôt fournies. On quitte la maison à Tournay située à 315m, le thermomètre affiche – 1°. Sitôt sur le plateau, 4km plus loin à 450m, à Cieutat, on passe à +5° !! Arrivés au Parking à 7h45, on se dit tous qu’il ne fait pas bien froid… Finalement on laisse les raquettes vers la fin de l’approche sur un gros bloc, tracer dans la neige ne les justifie pas. En fait on suit une trace qui nous mène directement au pied de la cascade. Tiens, d’autres ont été aussi inspiré ?! Durant l’approche, des trucs se décrochent avec le fracas amplifié associé. Je me dis, "classique", c’est des épées qui ont poussé au plus fort de la nuit claire mais comme elles sont encore bien alimentées, elles se déstabilisent. Jako me signifie celles qui dans peu de temps vont être à notre aplomb plutôt inquiet ; de mon point de vue l’attache en rideau étant très large, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. C’est parti pour la première longueur. Tiens, les traces de nos prédécesseurs ne dépassent pas 3 m !! Effectivement, je me rends vite compte que la grimpe est délicate : croûte sur la neige récente à purger, ça sonne bien creux, on sent qu’un film d’eau coule à l’interface glace/rocher, les piolets rebondissent fréquemment sur le rocher et brocher est plutôt marginal !! Un stoppeur posé dans le rocher me rassure un peu, mais c’est surtout la vue de deux chaines au dessus de moi qui m’enlève le souci de monter un relais dans ce « mur de sorbet fondu » ! Au moment de commencer à assurer Lara, retentissent deux sinistres craquements juste à ma gauche. Elle s’est déjà engagée, mais l’intuition me dit qu’il faudrait écouter ces indices… poser le rappel et se sauver. Je n’en tiens pas compte … Pourquoi ? Sûrement pour la quête de l’inédit, parce que l’on est venu jusque là et qu’on a « investi » pas mal d’énergie, parce que c’est la première occaz de grimper en glace avec Jako, etc… (faits exposés plus haut)… A propos, comme « c’est bien moisi », on a quand même convenu que les deux seconds ne grimperaient pas ensemble, et Jacques attends son tour en bas. La décision, vu le contexte, de ne pas poursuivre est claire pour moi et je la leur cris. On retourne sur le plancher des isards, chargeons nos sacs pour aller casse-crouter à l’Hôtel du cirque. Le plafond nuageux renforce l’impression de tiédeur. Tout en grignotant sur les murets de la terrasse, nous aurions pu ressentir un fluide glacial nous traverser. Ce n’est que le lendemain matin, à la réception de cette photo que celui-ci me glacera ! Deux points me laissent mal à l’aise • Avoir fait fi de mon intuition • Ne pas avoir su écouter les prémices d’un effondrement imminent associé à ces deux craquements On pourrait très certainement supposer que nous sommes à l’origine de cet événement, exactement comme lors de déclenchement d’avalanche. Bruno (30/11/25)

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